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Aux urnes spectateurs

Midi Libre, jeudi 4 avril 1996

Comédie électorale à l’Amphi
AUX URNES SPECTATEURS

Par Paul Astruc

Imaginez que Jacques Chirac se révèle soudain assez espiègle pour confier aux disciples surréalistes d’Alfred Jarry et aux grands prêtres de l’Académie Pataphysique, le soin d’organiser les prochaines élections présidentielles. Laissons-lui le temps de méditer sur le sujet.

Croyez-moi, la troupe québécoise du Théâtre Dérives Urbaines qui a investi la MJC mardi soir, nous a montré le chemin avec un art consommé du spectacle interactif, méthode qui consiste à semer une somptueuse pagaille dans les travées, avec la complicité du public hilare. Et ravi.

Daniel Fillastre et le président Morio, eux-mêmes précipités dans le jeu, n’avaient jamais vu leur "amphithéâtre" en pareil état : les spectateurs, galvanisés par des comédiens -candidats bavards et obstinés à souhait, se sont rués aux urnes à quatre reprises!

On savait les Québécois friands de spectacles qui impliquent le public. Ce sont eux qui introduisirent en Europe le théâtre d’improvisation, joutes oratoires spontanées, sanctionnées par les humeurs du public qui désigne - comme dans les arènes romaines - les héros et les vaincus. Cela nous vaut une savoureuse parodie de la politique-spectacle telle que nous en offrent périodiquement nos ébats électoraux. Avec en prime l’accent coloré de nos cousins d’Outre-Atlantique mais, en moins, la vacherie cruelle de nos Guignols. Ainsi, l’auteur et ses interprètes nous donnent à voir des candidats dont le programme évoque davantage les extravagances surréalistes davantage que les idéologies politiques. En effet, il s’agit ici d’une très improbable Institution Internationale dont le but avoué est de redonner la mémoire au monde (sic). Or, le Président en exercice vient d’être destitué... pour cause d’amnésie aigue (re-sic)!

Cinq candidats briguent la succession en sollicitant les suffrages du public. Évidemment, les programmes qui fusent du haut de la tribune relèvent de la fantaisie abscons.